[Portrait adhérent] Florent Morin, expert des technologies Apple


ajouté le 21 juillet 2020 par Julie Blais

Florent Morin a créé en 2008 Morin Innovation, société spécialisée dans le développement d’apps destinées aux technologies Apple. Rencontre avec un adhérent passionné.

Fiche d’identité de l’entreprise

Date de création : novembre 2008

Champs d’expertise de Morin Innovation : Développement pour les technologies Apple

➡️ Morin Innovation est membre du SPN depuis 2016


Portrait de Florent Morin

Florent, peux-tu nous raconter ton parcours d’entrepreneur ?

Florent Morin : « J’ai commencé à travailler avec les technologies Apple dès 2008, lorsque Apple a annoncé le kit de développement iPhone. À l’époque, je travaillais déjà au quotidien sur des technologies similaires, et en hobby sur du développement Nokia. Je me suis donc lancé fin 2008.

Malgré une belle success story avec un client en 2009-2010, il était difficile pour moi de trouver une place sur ce marché. Heureusement, mes connaissances du développement dans d’autres domaines m’ont permis de payer les factures tant bien que mal. Le risque étant de se disperser vers d’autres technologies, j’ai toujours eu à coeur de travailler en premier lieu mon expertise Apple. Grâce à la plateforme pour freelances Malt, j’ai pu décrocher progressivement des missions qui étaient plus proches de mon coeur de métier. Ainsi, depuis quelques années, je travaille à 100 % sur les technologies Apple. Ce qui est évidemment un bénéfice pour moi et mes clients. »

 

Ce qui t’anime au quotidien dans ton travail ?

F.M. : « Au-delà d’être passionné de développement depuis l’enfance, ce que je fais a du sens. J’ai l’opportunité de travailler avec des technologies qui sont conçues de manière relativement responsable par rapport au reste du marché. Tout m’incite à concevoir des apps respectueuses de la vie privée, accessibles et peu gourmandes en ressources. La cerise sur le gâteau est que je profite d’un écosystème très perfectionné technologiquement, plutôt en avance sur son temps.

En définitive, je travaille pour mes clients, mais en premier lieu pour les utilisateurs des apps de mes clients. Le seul objectif est donc de garantir la satisfaction de l’utilisateur en mettant en application des principes de conception vertueux. Et je sais que, même si le domaine technologique n’est pas parfait, il sera meilleur demain qu’aujourd’hui. D’un bout à l’autre de la chaîne, tout est fait pour améliorer chaque jour les choses. C’est un travail très exigeant mais qui a du sens. À la fin de la journée, je suis heureux de ce que j’ai fait car cela correspond à mes convictions. »

 

Ce dont tu te passerais bien dans ta vie professionnelle ?

F.M. : « Qu’on me demande pourquoi je ne fais pas aussi Android, du web et pourquoi pas le marketing et la compta. (Rires) Ce qui est très compliqué est d’avoir à justifier le respect de la vie privée, l’accessibilité, la sécurité, la prise en compte de l’impact énergétique. Et le fait de devoir expliquer que le meilleur moyen de rendre service à ses utilisateurs est de leur offrir un produit de qualité plutôt qu’une foultitude de fonctionnalités. Ça fait partie du travail, mais c’est une énorme perte de temps et d’énergie.

On subit une culture qui date de plusieurs décennies où le développement informatique était considéré comme un processus industriel. Dans cette vision d’un autre âge, la ressource humaine qu’est le développeur doit concevoir des outils pour extraire ce qui peut l’être de la ressource client. À notre époque, cette culture du travail jetable, de la ressource considérée illimitée et de l’exploitation gargantuesque des données personnelles est difficile à appréhender. Ce processus complètement déshumanisé n’a jamais porté ses fruits, mais il fait partie de la culture d’un très grand nombre d’entreprises. Y compris des startups. C’est un spectacle dont on se passerait bien quand on sait ce que l’on peut construire et obtenir d’une manière plus vertueuse. »

 

Des actus ou des projets en cours dont tu voudrais parler ?

F.M. : « Je travaille à titre personnel sur les nouvelles technologies Apple. En particulier le nouvel outil de conception SwiftUI, mais aussi l’apprentissage automatique (Machine Learning, champs d’étude de l’Intelligence Artificielle). Pour SwiftUI, cela permet de concevoir des écrans pour Apple Watch, iPhone, iPad, Apple TV et Mac avec un code qui peut être partagé entre les différentes plateformes. Et, par défaut, ce code est compatible avec le mode sombre et l’accessibilité. Tout en diminuant la quantité de lignes à écrire. Avec de remarquables performances. Aujourd’hui, on met moins de temps à concevoir un écran d’app iOS qu’une page web.

Concernant l’apprentissage automatique, les appareils Apple disposent d’une technologie à la fois performante et proportionnellement économe en énergie. En effet, en particulier depuis 4 ans, les iPhone et iPad disposent de systèmes d’apprentissage automatique directement sur leurs puces. Ce matériel, encore assez peu exploité, permet aux systèmes d’apprentissage automatique de travailler plus vite et plus efficacement. En parallèle, Apple a développé tout un ensemble d’outils logiciels pour les développeurs afin d’appréhender plus facilement l’apprentissage automatique. On obtient ainsi facilement un meilleur résultat, avec moins d’efforts, de meilleures performances et le tout en respectant la vie privée des utilisateurs.

Et, puisque Apple va remplacer sur les 2 années à venir ses Mac actuels par des Mac conçus avec ses propres puces, cette technologie profitera à l’ensemble des appareils Apple. Ces technologies sont déjà utilisées par Apple dans bien des domaines :

  • trouver des lieux, reconnaître des visages sur des photos
  • exploiter la reconnaissance audio et faciale pour qu’une personne tétraplégique puisse manipuler son iPhone à la voix
  • exploiter la reconnaissance du visage pour l’authentification
  • utiliser la reconnaissance d’écriture manuscrite sur l’iPad, avec le stylet
  • détecter une arythmie cardiaque
  • etc.

Le tout se faisant sur l’appareil de l’utilisateur, c’est un atout en matière de consommation des ressources énergétiques (pas de serveur) et c’est un atout en matière de vie privée (rien ne sort de l’appareil). L’appareil rend un nouveau service sans avoir un impact négatif par ailleurs en contre-partie. Tout comme Apple a rendu l’informatique accessible au grand public il y a 40 ans avec ses ordinateurs personnels, Apple est en train de rendre accessible l’apprentissage automatique au plus grand nombre. Et tout comme l’informatique a révolutionné notre quotidien, l’apprentissage automatique pourrait faire la même chose. À titre d’exemple, si un agent immobilier doit aujourd’hui former un jeune pour vendre des maisons, il doit l’accompagner, lui montrer l’historique des ventes, etc. Avec de l’apprentissage automatique, il pourrait saisir uniquement la superficie de la maison, le quartier, s’il y a ou non une piscine, et autres informations pour avoir un prix estimé au plus juste. Mais un agent immobilier n’est ni un développeur, ni un data scientist.

Avec les nouvelles technologies d’apprentissage automatique, il lui suffirait de déposer son historique de vente de maisons sous forme d’un fichier Excel. Automatiquement, l’outil irait concevoir le meilleur algorithme possible à partir des données du fichier Excel. Cet « algorithme » s’appelle un modèle. De là, le modèle serait utilisé pour déterminer le prix d’une maison. Et ce modèle serait généré en quelques secondes. Le même genre de procédé pourrait être utilisé afin d’éviter le gaspillage de ressources dans la construction de bâtiments par exemple. Cela pourrait être vertueux aussi bien économiquement qu’écologiquement. Dans la mesure où la solution ne fait pas appel à des serveurs et consomme peu de ressources. Aujourd’hui, ces outils existent mais ne sont accessibles qu’aux développeurs. Dans un futur très proche, ces outils seront la norme. »

 

Ta plus belle success story ?

F.M. : « Il y a un peu plus d’un an, l’app iOS d’un de mes clients, la MAIF, est devenue 100 % accessible. C’est à dire que tout a été mis en oeuvre pour qu’une personne en situation de handicap, et quel que soit son handicap, puisse être autonome dans l’app. Il ne s’agissait pas de répondre à des normes ou des standards, mais vraiment considérer l’intérêt de l’utilisateur. Pour cela, un temps appréciable a été consacré à résoudre la dette technique. C’est à dire que nous avons fait en sorte d’être techniquement au top, ce qui nous a permis d’accélérer les développements.

En parallèle, le produit « mobile » est devenu le produit « iOS » et le produit « Android » pour mieux répondre aux besoins de l’utilisateur. Dès lors, nous avons pu nous focaliser sur les technologies propres à l’accessibilité dans iOS. Ce qui est finalement assez simple une fois que tout est conçu dans les règles de l’art. Pour valider la conformité, nous n’avons pas utilisé de fichier Excel avec des cases à cocher. Nous avons appris à utiliser les outils proposés aux personnes en situation de handicap. Le test le plus efficace est d’activer VoiceOver, l’outil de synthèse vocal intégré à iOS. Ensuite, on se bande les yeux et on essaye d’être autonome. Si on réussit à être autonome pour effectuer les tâches souhaitées, le test est validé. Sinon, on corrige. Rarement mon travail n’a eu autant de sens. Nous avons permis d’effacer un peu le handicap de certains utilisateurs. Si nous avons changé le quotidien d’une personne, c’est déjà une victoire. À ce jour, c’est l’une de mes plus belles success stories. »

 

Quel est le challenge à venir selon toi ?

F.M. : « Dans le domaine du développement iOS, ce qu’apporte SwiftUI pour concevoir les écrans d’apps va permettre d’accélérer significativement les projets. Ceux qui ne feront pas cet effort resteront sur le carreau.  C’est ce qui s’est passé, dans une moindre mesure, pour les applications web avec les frameworks comme React par exemple. Et c’est ce qui va se passer d’ici un an ou deux avec Jetpack Compose sur Android. Dans un spectre plus large, on va devoir aller vers l’apprentissage automatique. C’est une évidence. Ceux qui n’iront pas sont destinés au même sort que ceux qui ne sont pas allés vers l’informatique ou vers internet. Dans peu de temps, ce sera un avantage concurrentiel énorme. Et ça va bouleverser notre quotidien. Mais, pour cela, il faudra s’y être préparé. Je vois beaucoup d’entreprises informatiques qui restent dans le passé. Une situation probablement confortable à court terme. Mais qui peut mener à la faillite. Travailler dans l’informatique et, au sens large, le numérique, implique d’avoir une vision à long terme et une capacité d’action à court et moyen terme. En d’autres termes, le jour où les utilisateurs découvrent une technologie, elle doit nous être familière. »

 

Trouves-tu que l’écosystème niortais soit favorable à l’implantation d’une petite agence de développement comme la tienne ?

F.M. : « L’avantage de travailler dans le numérique est que l’on est télé-travailleur par défaut : on travaille dans l’endroit le plus propice. En tant que développeur, il faut que ce soit un endroit calme où on puisse se concentrer. Mais il faut aussi pouvoir rencontrer d’autres personnes du métier et éventuellement se déplacer dans d’autres villes. Niort propose tout ce qu’il faut pour ça. Avec la fibre et la 4G, je dispose partout d’une connexion rapide à Internet. N’étant pas amateur des open-spaces bruyants, cela me permet de travailler au calme, dans le bureau aménagé à mon domicile. Mais, parfois, j’anime ou je participe à des conférences. Quand elles sont en ligne, ce n’est pas un soucis. S’il faut se déplacer, j’ai accès immédiatement à plusieurs autoroutes et au TGV. J’ai travaillé avec plusieurs agences de communication locales et quelques indépendants : on a pu se rencontrer en vis-à-vis facilement.

Et, après avoir travaillé entre 8 et 9 ans en télé-travail, j’ai souhaité me rapprocher un peu des entreprises locales, à savoir les mutuelles. Parfois, cela a pu être particulièrement intéressant, comme avec la MAIF.  Je travaille actuellement avec la MAAF, mais il est trop tôt pour faire un bilan définitif : le projet est encore balbutiant. Toujours est-il que ce cadre est plutôt agréable. D’autant que Niort Tech met à notre disposition tout le nécessaire pour organiser des conférences et des réunions. C’est un véritable atout pour les télé-travailleurs qui souhaitent occasionnellement rencontrer du public ou des clients. »

 

Comment imagines-tu l’entreprise Morin Innovation dans 10 ans ?

F.M. : « Évidemment, Morin Innovation continuera de vivre au rythme d’Apple, qui est le partenaire de choix de beaucoup d’indépendants à travers le monde. Les développeurs indépendants ont contribué au succès d’Apple. Apple a contribué au succès des développeurs indépendants. Les choses se sont accélérées avec l’App Store : il y a vraiment eu un avant et un après. Quand on sait que le métier de développeur iOS existe depuis 12 ans seulement, 10 ans parait très loin. Mais, en appuyant sur l’expérience de mes ainés qui travaillent avec Apple depuis les premières apps sur Mac il y a 20 ans, je peux me faire une idée du chemin à parcourir. Déjà, je pense que la partie développement que je fais aujourd’hui sera beaucoup plus simple. Et de nouveaux besoins feront leur apparition.

L’écosystème Apple sera définitivement universel, pour ne former qu’une seule plateforme polymorphe. Le nombre d’appareils et les possibilités d’interactions seront étendues, ce qui amènera à beaucoup plus travailler l’expérience utilisateur. En parallèle, la technologie aura fait du chemin dans bien des domaines :

  • l’apprentissage automatique aura révolutionné notre expérience numérique et sera aussi naturelle qu’internet et le smartphone aujourd’hui
  • la réalité augmentée exploitera ces nouvelles possibilités pour fournir une expérience intégrale
  • la réalité virtuelle aura peut-être trouvé un marché
  • le numérique bénéficiera à la santé, en allant beaucoup plus loin que la détection d’arythmie de la Watch aujourd’hui
  • les enjeux de vie privée, d’éco-conception et d’économie d’énergie aujourd’hui assez exclusif à Apple deviendront la norme, ce qui facilitera le travail
  • la technique s’effacera de plus en plus, au point d’être réservée à une poignée d’experts
  • le cloud sera omniprésent tout en ayant un impact environnemental significativement amoindri.

Morin Innovation aura progressivement continué de développer son expertise dans l’ensemble de ces domaines. Et aura une vision sur les 10 années suivantes. Avec une collaboration toujours aussi forte avec la communauté Apple. Voilà comment j’imagine Morin Innovation dans 10 ans. Et, sauf accident de la vie, cet objectif sera atteint car je m’en donnerai les moyens comme je l’ai toujours fait. »

 

👉 En savoir plus sur Morin Innovation

Un grand merci à Florent Morin pour avoir répondu à nos questions.
Propos recueillis par Anne-Céline Henault.